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La Dimension Politique

Il va de soi que le syndicalisme mène à une modification fondamentale de la place et de la signification des travailleurs dans la société, de leur statut, prospérité, bien-être; et par conséquent, à des modifications structurelles et culturelles importantes de la société même (la "polis").

Le syndicalisme a donc forcément une dimension "politique".

Dans l'acceptation large du mot. Cela ne signifie p.ex. pas que nous voulons nous ingérer dans la politique de parti, ou que nous tolérons l'ingérence de la politique de parti dans notre action syndicale : voir art. 5 de nos statuts.

Nous devons donc nous demander, en tant que syndicalistes conscients et responsables :

  • quelles idées avons-nous en commun sur la société la plus souhaitable ?
  • Quelle société voulons-nous garder ou réaliser ?
  • Quelle image globale de la société est la nôtre ?
  • En d'autres mots; quelle est notre base idéologique ?

Ce sont finalement, les points de départ idéologiques différents, même opposés qui expliquent et justifient le pluralisme (syndical ainsi que politique), et non tant le hasard de l'histoire, ou leurs points de vue et leur programme concret à un moment donné.

L'opposition fondamentale est celle entre le socialisme et le libéralisme.

La distinction entre ces deux familles idéologiques ne se trouve pas tant dans les valeurs qu'elles défendent : ces valeurs sont universelles et ne constitent le monopole d'aucun mouvement.

Personne n'est contre la liberté, l'égalité, la justice, la solidarité, la démocratie, la lutte contre l'exploitation et l'oppression, etc.

La distinction se trouve dans la hiérarchie des valeurs. La valeur de base socialiste est l'égalité; pour les libéraux la liberté (impliquant la responsabilité) est primordiale.

Les libéraux aspirent à une société dont l'objectif implicite est de réaliser et de garantir de plus en plus de liberté pour de plus en plus de gens, et cela par modifications graduelles.

Il s'agit ici, évidemment, de la liberté de toutes les personnes : qui ne réclame des libertés que pour un groupe donné, veut des privilèges et non pas la liberté.

Les libéraux affirment que chaque personne a les mêmes droits, sur le système le plus étendu possible de libertés fondamentales (positives et négatives), qui sont compatibles avec un système égal de libertés pour chacun.

La liberté est indivisible. Elle implique donc aussi la liberté d'entreprendre dans toutes ses facettes : propriété privée des moyens de production, économie de marché, libre circulation de personnes, capital, biens et services...

Une économie de marché, laissée tout à fait libre, sur la base du principe de maximisation du profit, provoque inévitablement l'injustice et l'exploitation des travailleurs et des consommateurs. C'est pourquoi les libéraux, sauf une petite fraction de "fondamentalistes du marché", ont toujours accepté que l'économie de marché soit corrigée socialement.

(Ces derniers temps, la conviction que la correction ne doit pas seulement être sociale, mais aussi écologique augmente dans les milieu libéraux).

Cette correction se traduit essentiellement par la création de divers mécanismes de redistribution secondaire et tertiaire et, pour les plus faibles, d'un "filet de protection" social.

Qui réalisera cette correction ? En d'autres mots, qui, dans une société libérale, a le pouvoir de limiter la liberté d'autres ? La réponse est étroitement liée au principe libéral de "subsidiarité". Ce principe, résumé brièvement, affirme que chaque décision doit être prise au niveau le plus bas possible.

La priorité libérale, c'est la priorité de la personne humaine sur les institutions : ce que l'individu peut faire, personne ne doit le faire à sa place; le citoyen a droit à une sphère de vie personnelle libre aussi étendue que possible. C'est la priorité de l'initiative privée individuelle.

A défaut de pouvoir, de revenu, de connaissances, le citoyen n'est pas à même de créer, seul, les conditions nécessaires pour son épanouissement personnel et pour la défense de ses intérêts matériels et immatériels. Pour cette raison, il agit, sur base volontaire et solidaire, ensemble avec les personnes avec lesquelles il a des intérêts, des idées ou des idéaux en commun : c'est l'initiative privée collective; initiative qui se traduit dans l'important réseau d'associations et d'institutions qui fonctionnent dans l'Etat libéral moderne : les structures intermédiaires.

Une des manifestations les plus importantes de l'initiative privée collective est le syndicalisme : des travailleurs qui, par l'action et par la concertation (bipartite ou tripartite), cherchent constamment à valoriser et à adapter aux possibilités économiques et technologiques leur revenu direct et indirect, et leurs conditions de travail et qui veillent, solidairement, au bien-être des non-actifs.

Conditions pour une action syndicale efficace : non seulement la liberté syndicale et une structure de concertation efficace, mais aussi une application conséquente du principe de subsidiarité : "ce que - dans les limites de l'intérêt public - les parties peuvent régler entre elles ne doit pas être réglé à un niveau supérieur (l'Etat).

Cette application présuppose entre autres la possibilité de conclure valablement des conventions collectives de travail, par lesquelles les parties contractantes participent en quelque sorte au travail législatif.

L'Etat est, dans l'idéologie libérale, la nécessaire structure du pouvoir dont la tâche est de définir les règles du jeu social, et d'en sanctionner l'application. Pour cela, l'Etat dispose du monopole de la contrainte légale. L'Etat doit se préoccuper de l'intérêt public. Pour cela, il dispose de l'initiative publique afin de pouvoir poursuivre l'intérêt commun quand cela dépasse les possibilités de l'initiative privée (individuelle ou collective).

Le syndicalisme, comme la CGSLB le conçoit, est un élément constitutif de cette société libérale et démocratique esquissée ci-dessus.

Pour cette raison, l'idéologie libérale constitue un cadre de référence aussi fondé et aussi motivant pour notre engagement syndical que le socialisme ou la démocratie chrétienne le sont pour d'autres organisations syndicales .

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