La Confédération européenne des Syndicats en congrès à Athènes
La CES se réunit en congrès à Athènes du 16 au 19 mai sur le thème « Mobilising for Social Europe ». Au cours de ces quatre journées, les organisations de plus de quatre-vingt organisations membres, prendront connaissance du rapport d’activité de la CES et participeront à différentes réflexions sur la situation actuelle, la crise restant bien entendu au cœur des débats.
L’élection de la nouvelle équipe dirigeante de la CES aura lieu le 19 mai.
Les trois syndicats belges CGSLB – CSC – FGTB disposent d’un stand commun.
Au Congrès, la délégation du Syndicat libéral est composée de Jan Vercamst, Sabine Slegers, Bernard Noël, Olivier Valentin et Vera Dos Santos Costa.
Chaque jour, des informations relatives à l’avancement des travaux seront mises en ligne sur notre site web.
19 mai
Jan Vercamst a plaidé pour des actions alternatives pendant son discours
Chers Congressistes, Chers collègues, Chers amis,
Nous, organisations syndicales européennes, avons créé et multiplié les occasions pour dénoncer les méfaits de cette crise dont les conséquences ont été et sont néfastes pour l’ensemble de nos citoyens.
En défilant dans les rues de Bruxelles, Berlin, Madrid, Bucarest, Budapest, Athènes et dans d’autres villes européennes, nous avons crié haut et fort que nous ne voulions pas des mesures d’austérité adoptées par la plupart des gouvernements européens.
C’est en masse que nous sommes descendus dans la rue. Les différents gouvernements nous ont entendus. Mais cela ne suffit pas. L’érosion de l’indexation des rémunérations et de l’autonomie des négociations collectives continue à planer au-dessus de nos têtes, telle une épée de Damoclès.
Réfléchissons MAINTENANT à des actions alternatives !
Le pacte Euro-plus crée une concurrence malsaine entre les pays de l’Europe. Cela se solde par un recul de nos économies.
Et ce, alors que des bonus, avantages et dividendes excessifs sont versés à ceux et par ceux qui ont provoqué la crise financière.
Les paroles mémorables que John Monks a prononcées à Budapest ce 6 avril dernier résonnent encore dans ma tête : « The best way to rob a bank is to become CEO of the bank ». La meilleure façon de voler une banque est d’en devenir le CEO.
Chers congressistes,
Nous devons renforcer notre Europe sociale.
Grâce au dialogue social européen, nous avons déjà pu obtenir de nombreux accords-cadres au niveau de l’Europe qui garantissent des négociations collectives et visent le progrès social et le plein emploi.
En outre, ils assurent une meilleure protection de nos travailleurs et assurés sociaux.
Le dialogue social européen est le moteur indispensable pour une Europe sociale forte, aujourd’hui et encore plus à l’avenir !
Il est important et nécessaire que tous les acteurs européens s’engagent et poursuivent la mobilisation : tant la Commission européenne que le Conseil et le Parlement européen, les partenaires sociaux européens et les gouvernements nationaux.
Nous ne pouvons souligner suffisamment que le dialogue social européen constitue, tant au niveau sectoriel qu’interprofessionnel, la voie ultime vers la solidarité européenne !
18 mai
Congrès de la CES : les défis pour les nouveaux élus au secrétariat de la CES
Ce matin, la Présidente sortante de la Confédération européenne des Syndicats, Wanja Lundby-Wedin présentait avec la nouvelle Secrétaire générale élue, Bernadette Ségol, les modalités relatives au vote et à l’introduction de nouveaux candidats pour le secrétariat et la présidence de la CES.
C’est un énorme défi qui se présente au nouveau secrétariat. Il y a un siècle, l’Europe dominait le monde. Ce rôle dominateur est aujourd’hui passé entre les mains de nouvelles économies montantes. Devenus partenaires commerciaux, voire concurrents, elles sont généralement bon marché et non régulées. reste donc à savoir comment la Confédération européenne des Syndicats (CES) doit y réagir.
John Monks, le Secrétaire général sortant, a rompu une lance en faveur de la lutte permanente pour la liberté, la démocratie et l’emploi, les droits syndicaux et la paix. « Nous devons donner notre soutien aux Nations Unies et à l’OIT » déclarait-il. »Nous allons promouvoir nos idées européennes comme étant le meilleur modèle au monde en ce qui concerne les droits des travailleurs. Les dirigeants européens doivent arrêter de s’excuser pour cela face au reste du monde. »
John Monks concluait avec les mots : « Le droit au dialogue social est inscrit dans les traités européens. So use it or lose it. » En d’autres termes : Ayez recours à ce droit, sous peine de le perdre.
17 mai
Deuxième journée du congrès de la CES à Athènes : débats passionnants et adoption de 4 thèmes principaux du manifeste
Aujourd’hui, le congrès de la CES à Athènes a traité quatre thèmes formant la base du manifeste d’Athènes. Il s’agit d’un plan stratégique et d’action pour la période 2011-2014 soumis à l’approbation du congrès. Ce plan constitue d’emblée les piliers sur lesquels la CES appuiera son action syndicale pour les quatre années à venir.
Ce matin, les débats se sont axés sur les sujets « emplois de qualité et durables » et « une régulation financière efficace contre le capitalisme casino ». L’après-midi fut consacrée au « renforcement du modèle social européen » et au thème « davantage d’égalité et de cohésion sociale ».
Emplois de qualité et durables
Comment créer de nouveaux emplois de qualité ? Et qu’en est-il de l’âge de la pension qui fait l’objet de discussions au travers de l’Europe ?
Comment est-ce que le mouvement syndical européen peut offrir un avenir aux jeunes ? Comment assurer l’égalité des chances à tous ? Comment combler le fossé qui existe encore et toujours entre les rémunérations des femmes et des hommes ? Comment combattre le chômage des jeunes ?
Telles étaient les principales questions soumises par les représentants de la commission jeunes et de la commission femmes de la Confédération européenne des Syndicats (CES).
Elles ont commenté ces sujets au cours d’un débat en séance plénière tant dans leur perspective nationale qu’européenne.
Travailler n’est pas uniquement une manière de gagner de l’argent, mais cela constitue aussi l’une des valeurs principales de la vie. Quoi de plus normal dès lors que d’y accorder la priorité au congrès de la CES ? En Belgique, mais aussi dans les pays européens qui connaissent un taux de chômage élevé, nous constatons que les contrats précaires deviennent la règle. Il s’agit d’une évolution inquiétante car elle perturbe la planification à long terme dans le cadre de la vie privée. Ceci concerne tout d’abord les personnes qui effectuent des tâches ménagères. Cette évolution représente en outre une source d’inégalité auprès des jeunes et des femmes.
Remarquons par ailleurs que le système de Flexicurité, tant prisé au niveau international, perd de ses plumes. Un délégué espagnol répliquait que la Flexicurité consiste à individualiser le travail, entraînant une détérioration des conditions de travail. La représentation scandinave, quant à elle, plaidait en faveur de la lutte contre la fraude au travail en vue de libérer ainsi des moyens pour améliorer le fonctionnement de l’Etat-providence.
Autre problème, le chômage des jeunes n’est pas en soi une conséquence directe de la crise, mais la crise l’a amplifié. Sur le plan européen, il concerne 5.000.000 de jeunes en 2009. Il s’agit d’un phénomène européen qu’il vaut mieux traiter au niveau européen.
La question qui se pose, est de savoir comment créer des emplois de qualité et durables en Europe et ainsi vaincre la crise. L’austérité ne constitue assurément pas la voie à suivre. Un mélange de mesures constructives doit réaliser la valorisation du travail, ce tant sur le plan financier que celui de la satisfaction au travail.
Une première mesure consiste à investir dans l’enseignement et la formation. Si nous voulons un nouveau marché du travail, il faut veiller à ce que tout le monde soit préparé à toutes les tâches. De nouvelles formes d’organisation du travail doivent permettre à tous les groupes cible de participer au travail en tendant vers l’égalité entre les groupes. Il faut saisir à pleines mains les nouvelles opportunités sur le plan des emplois verts. La recherche au niveau de l’Union devrait permettre de développer une économie verte sur le plan européen.
Pour terminer, un intervenant a réitéré une remarque intéressante de la matinée : « Il faut se départir de l’illusion que nos moyens se limitent à la mobilisation et aux prises de position. Il nous faut des stratégies de négociation. » Et de poursuivre sans détour : « Notre mission devrait viser à concrétiser les stratégies collectives pour négocier avec les institutions européennes. Sinon, nous risquons de voir les pouvoirs publics opérer les mauvais choix.
Une régulation financière efficace contre le capitalisme casino
Depuis le déclenchement de la crise financière, le temps s’écoule et les spéculateurs continuent à œuvrer impunément. Une taxe sur les transactions financières doit limiter les spéculations sur les marchés. C’est important car, si nous avons vécu une crise financière, c’est surtout en raison des actions spéculatives irréfléchies sur les marchés financiers.
Les Euro-obligations doivent, à long terme, remplacer les obligations nationales, de manière à éliminer les écarts de coûts de financement de la dette publique en raison des 27 taux d’intérêt différents. Cela permet également de contrôler les augmentations de taux d’intérêt, ce qui représente une aide non négligeable dans un marché turbulent. Toutefois, il ne suffit pas d’emprunter à des conditions favorables.
Les marchés financiers ne doivent pas seulement se mettre au service de l’économie réelle, ils doivent aussi être contrôlés et ils ont besoin d’une réglementation efficace. Ainsi, les agences de notation ont trop de pouvoir et ont actuellement un effet déstabilisant. Tous les produits financiers devraient contrôlés, voire interdits. Ceci est dans l’intérêt de chacun, tant des travailleurs que des employeurs.
Le renforcement du modèle social européen
Le modèle social européen est un sujet qui se trouve depuis longtemps déjà à l’ordre du jour de la CES. A l’heure de la présidence irlandaise, la question se posait déjà de savoir s’il s’agit d’un modèle unique ou d’un amalgame de 27 modèles différents. La conclusion était que si les droits fondamentaux différaient, les valeurs étaient les mêmes. Le présent congrès de la CES n’envisageait certainement pas d’adopter à nouveau cette thèse, mais de resituer le modèle social au sein du contexte européen actuel.
Davantage d’égalité et de cohésion sociale
Ce jour, le message est particulièrement clair : la CES lutte pour une société juste offrant suffisamment de mécanismes de protection. La CES veut agir pour lever les inégalités, mais le courage ne peut davantage manquer pour aborder des sujets difficiles tels le salaire minimum et la durée du travail.
Davantage d’égalité implique aussi une redistribution plus équitable des impôts par les pouvoirs publics. Signalons comme autres priorités : l’imposition plus lourde du capital et des bénéfices au profit de la taxation du travail, la lutte contre la fraude fiscale et la suppression des paradis fiscaux.
Highlight of the day
Cet après-midi, les participants se bousculaient au stand des syndicats belges présents au congrès de la CES. Nul doute que la tournée offerte aux autres participants avec une bière gratuite y était pour quelque chose. Nous avons aussi été témoins de la réconciliation entre les dirigeants syndicaux de la CSC et de la FGTB. Un différend qui avait surgi lors de l’AIP avait envenimé la relation. A Athènes, Rudy De Leeuw et Luc Cortebeeck étaient à nouveau réunis.

16 mai
Le 12ème Congrès de la CES a démarré à Athènes
Sous le titre « Se mobiliser pour l’Europe sociale » a débuté aujourd’hui le douzième congrès de la Confédération européenne des Syndicats qui se tiendra à Athènes jusqu’au 19 mai. Plus de 500 délégués, issus de 36 pays représentent 83 organisations membres de la CES. Le Syndicat libéral a également député une délégation se composant du Président national, Jan Vercamst et des deux Secrétaires nationaux, Sabine Slegers et Bernard Noël, du Conseiller général, Olivier Valentin et de la Chef du Département international, Vera Dos Santos Costa.
L’importance du Congrès de la CES
La présence du Syndicat libéral au sein de la Confédération européenne des Syndicats apporte une réelle plus-value pour nos affiliés. La participation au congrès nous permet de réaliser des échanges d’idées sur la protection sociale dans le contexte européen. Cela nous procure de nouvelles vues et constitue une source d’information sur l’Europe et sur le syndicalisme en général. Le Syndicat libéral développe ainsi un réseau étendu de contacts internationaux qui peuvent s’avérer utiles dans le cadre de la concertation sociale au plan européen.
Etre présent à cet événement important du mouvement syndical européen signifie avant tout participer à la prise de décisions ayant un impact important sur les relations avec la politique européenne. Or ces relations se trouvent actuellement sous pression. La politique économique européenne actuelle remet en question les acquis sociaux et l’autonomie des partenaires sociaux. S’associer pour la défense des intérêts des travailleurs est plus que jamais à l’ordre du jour.
Penser que la crise financière ou ses conséquences sont derrière nous relève de la gabegie. Notre pays présente effectivement des signes forts de reprise économique. Par contre, la Grèce, qui nous accueille, traverse une crise profonde sur le plan financier, économique et social. Ce week-end, la presse faisait même état du désespoir qui poussait le pays à mettre certaines îles en vente.
En Belgique et chez nos voisins, nous notons une amélioration, mais dans les pays PIGE (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne), la situation inquiétante constitue un foyer propre à attiser une nouvelle crise. Or ces crises ont une influence non négligeable sur le climat social en Belgique et dans le reste de l’Europe. Le Syndicat libérale et la Confédération européenne des Syndicat doivent lutter chaque jour contre la pression qui pèse sur les rémunérations, les pensions et la sauvegarde du pouvoir d’achat pour tous les travailleurs et assurés sociaux.
Ce sont les banquiers et les spéculateurs qui ont entraîné la crise financière. Mais ce sont les travailleurs qui en font les frais. Pis encore, la menace de nouvelles crises soumet les intérêts sociaux des travailleurs à une pression constante. John Monks, le Secrétaire général sortant de la CES, fait état, dans son rapport d’activité, d’une dure lutte. Cette bataille ne se dirige pas uniquement contre les employeurs, mais aussi contre les pouvoirs européens qui, pour seule alternative, proposent davantage de mesures d’assainissement. Les moyens de lutte englobent évidemment les manifestations européennes, mais aussi un lobbying permanent de la CES auprès des instances européennes.
Le programme
Le Manifeste d’Athènes, qui sera adopté lors de ce Congrès, sera la feuille de route qu’aura à suivre le mouvement syndical européen pour les quatre années à venir. Le Manifeste comprend les sujets suivants :
- la gouvernance économique, l’emploi et la réglementation financière;
- le modèle social européen pour davantage d’égalité et de cohésion sociale;
- le développement équitable et durable, une mobilité juste;
- la santé et la sécurité au travail;
- le dialogue social à tous les niveaux;
- la solidarité d’action pour une mondialisation juste.
Six tables rondes sur l’actualité politique européenne et sur l’actualité syndicale ont été prévues. Elles se pencheront sur les alternatives pour limiter l’impact de la crise financière sur les travailleurs, l’inégalité en Europe au temps de la crise, la relation entre les logiques du marché unique et les droits des travailleurs, la politique de voisinage avec les pays de la Méditerranée, l’avenir industriel européen, ainsi que le mouvement syndical à l’ère des réseaux sociaux et du web 2.0.
Le congrès profite aussi de l’occasion en communiquant sur sa propre organisation. Une vidéo recensant les activités de la CES des quatre dernières années a été projetée aujourd’hui et un reportage sur le marché de l’emploi en Europe suivra encore.
Pour terminer, John Monks et Wanja Lundby-Wedin passeront le flambeau en tant que Secrétaire général et Président à deux nouveaux mandataires élus par le congrès.
Cette douzième édition est donc plus qu’un simple congrès s’inscrivant dans la tradition. Le programme ambitieux démontre que la solidarité européenne contribue à la construction d’une Europe sociale et, pour reprendre les paroles de John Monks au cours de la conférence de presse : « Une Europe sociale et solidaire offre non seulement une protection aux travailleurs et assurés sociaux, elle constitue même la condition à la poursuite de l’intégration et de la coopération européennes. » Cet argument majeur, les dirigeants européens ne peuvent l’ignorer.
Par ailleurs, le congrès à Athènes a envoyé un message clair aux dirigeants au moyen d‘une résolution demandant d’urgence au Conseil ECOFIN(*) de prendre des mesures nécessaires en vue de sortir les pays comme la Grèce de leur situation financière précaire.
(*) Les ministres des Affaires économiques et/ou des Finances de l’UE se réunissent une fois par mois au sein du Conseil ECOFIN.




